Dissidence en sous-régime

         Geek

         À en observer la toile qui s’enflamme toujours un peu plus vite pour toujours un peu moins, force est de constater que le pouvoir ne s’est délibérément pas laissé doubler aussi facilement que nous l’aurions spéculé.

      Le virage est amorcé et voilà qu’un nouveau fléau gangrène l’unique arme de résistance dont nous nous pensions l’exclusivité.

     Alors oui, jusqu’ici internet faisait essentiellement mal au pouvoir, lui échappant partiellement, il est et reste la meilleure plate-forme parallèle offerte à toutes celles et ceux désireux de se réinformer. Fuyant partialité et mensonge cyclique, comme s’échappant subrepticement d’une prise d’otage enclin à l’abrutissement de masse.

     Dans cette perspective, logique d’assister à la prolifération de ces dits «dissidents ». Mais tout droit sortie de la manche des mauvais joueurs il est une carte qui ne s’est pas faite attendre. Nos maîtres n’ayant pas pour habitude de se laisser corriger, bras croisés, la pute au bout du gland.

     Qu’observons nous depuis maintenant plusieurs mois, et ce, dans des proportions délirantes ? Une pléthore de journaux en ligne pullulant les murs de nos réseaux sociaux, avec leurs articles, chroniques, interviews, revues de presse et enquêtes d’opinions aux infos toutes plus tronquées les unes que les autres, quand elles ne sont tout simplement pas affabulées de A à Z.

      Sauf qu’ici, il n’est pas question de ces sites aux titres racoleurs officiant dans le grand n’importe quoi, cherchant désespérément le « clic » qui permettra à l’hébergeur de s’acheter de nouveaux jeux-vidéo à la fin du mois, et accessoirement se réserver le luxe d’emmener sa pouf au restau (tu peux rester, j’parle pas de ta mère).

     Non, je parle bien de tous ceux à l’intention perverse, qui, sous couvert de falsification d’article, d’usurpation d’identité, de reportage factice et j’en passe, n’aspire qu’à se réapproprier l’espace vacant, noyant sciemment le lecteur sous un flot d’information ininterrompu, à ne plus pouvoir en faire le tri d’authenticité.

    Croulant sous les nouvelles, poussant le lecteur devant l’ampleur du challenge à devoir capituler face à toute forme d’approfondissement personnel, démissionnant de toute réflexion, pour finalement s’abandonner, 10 minutes plus tard, non loin, sur un autre et pas moins bidonné article. Désarmant…

Boire ou ne pas croire ?

Mais bien plus nuisible que celui qui les conçoit, qui est celui qui les partage et leur donne tribune sur nos réseaux sociaux ?

     L’archétype étant le résistant de chambre. Se rêvant à la pointe de l’information avec des points de vue de dernières minutes, tous plus ou moins bricolés, friand de toute nouvelle actu et atteint de l’insupportable syndrome « Vite je like, vite je partage » !

     Je préférerai ici parler de gros connard qui nous fatigue.

     Dès lors, le gros connard qui nous fatigue se pensant dans la lumière absolue puisqu’il a lu « Comprendre l’Empire », et les essais d’autres non moins ‘minimisables’ intellectuels Français, s’imagine armé face à toute nouvelle info tablant sur ses seuls attributs cérébraux. Comme s’il suffisait de reproduire inlassablement les deux ou trois mêmes schémas capitalisés afin d’obtenir la somme de pensées imperfectibles.

     Comme si, tout ce que TF1 ostracisait devenait, par automatisme, vrai sur la toile.

   Eût-il fallu attendre de tomber sur un article du ‘Parisien’ en ligne prétendant l’existence des extraterrestres dans ton cul pour comprendre la supercherie ? Et j’utilise le subjonctif imparfait si ça me chante.

Résistance et sous-régime

En somme, il est une déficience à laquelle nous assistons, l’émiettement de l’homogénéité d’un discours qui – pour un très grand nombre d’instruits contradicteurs – tend vers un effondrement de l’aptitude à défendre leur point vue ; celui-ci devenu aussi indigent qu’erroné.

     Des courants de pensées toujours plus nombreux pour une force de cohésion toujours plus faible. Bref, une véritable entreprise de déstructuration du trop-plein d’unicité qui devenait nôtre.

     La Doxa dominante prévalant sur nombres de nos maux, vous comprendrez qu’il est en conséquence parfaitement parasite d’embrayer la marche en relayant du fictionnel. Le résistant lambda étant par essence dispensé d’une personne accoudée à son épaule lui intimant comment penser intelligemment au compte-goutte, m’apparaissant comme le facteur premier entachant la longévité d’un combat d’éveil qui, jusque lors, restait contagieusement communicatif.

     Et à finir par ne penser qu’avec les cartes qui leurs sont prédisposées, ainsi que refusant d’élargir leur éventail de réflexion, les voilà malgré eux auxiliaires du système. Abêtissant la lutte, nourrissant la cause de ceux-là mêmes qu’ils pensaient combattre, pour finalement s’ignorer agent dormant, emboîtant le pas de suppléant.

A.L

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